O confinamento pode nos ajudar a fazer um detox de nosso modo de vida

Por David Le Bailly e Sylvain Courage
L'OBS
Março 2020



Le sociologue et philosophe analyse la crise sanitaire mondiale.
« Cette crise nous montre que la mondialisation est une
interdépendance sans solidarité », explique-t-il.

Quel est, à ce stade, le principal enseignement que l’on puisse tirer de la pandémie du coronavirus ?

Cette crise nous montre que la mondialisation est une interdépendance sans solidarité. Le mouvement de globalisation a certes produit l’unification techno-économique de la planète, mais il n’a pas fait progresser la compréhension entre les peuples. Depuis le début de la globalisation, dans les années 1990, guerres et crises financières ont sévi. Les périls planétaires – écologie, armes nucléaires, économie déréglée – ont créé une communauté de destin pour les humains, mais ceux-ci n’en ont pas pris conscience. Le virus éclaire aujourd’hui de manière immédiate et tragique cette communauté de destin. En prendrons-nous enfin conscience ? Faute de solidarité internationale et d’organismes communs pour prendre des mesures à l’échelle de la pandémie, on assiste à la fermeture égoïste des nations sur elles-mêmes.


Dans son discours, le président Macron parle du danger d’un « repli nationaliste »...

Pour la première fois, c’est un vrai discours de président. Il n’y était pas seulement question de l’économie et des entreprises mais aussi du sort de tous les Français, des soignés et des soignants, des travailleurs acculés au chômage partiel. Son allusion au modèle de développement qu’il faudrait changer est une amorce. Cela dit, l’antidote au repli nationaliste n’est pas le repli européen, puisque l’Europe est incapable de s’unir là-dessus ; c’est la formation de solidarités internationales, commencées par les médecins et chercheurs de tous les continents.




Quels changements faudrait-il opérer selon vous ?

Le coronavirus nous dit avec force que l’humanité tout entière doit rechercher une nouvelle voie qui abandonnerait la doctrine néolibérale pour un New Deal politique social, écologique. La nouvelle voie sauvegarderait et renforcerait les services publics comme les hôpitaux, qui ont subi depuis des années en Europe des réductions insensées. La nouvelle voie corrigerait les effets de la mondialisation en créant des zones démondialisées qui sauvegarderaient des autonomies fondamentales...


Quelles sont ces « autonomies fondamentales » ?

D’abord l’autonomie vivrière. A l’époque de l’occupation allemande, nous avions une agriculture française diversifiée qui a permis de nourrir sans famine la population en dépit des prédations allemandes. Aujourd’hui, il nous faut rediversifier. Et puis, il y a l’autonomie sanitaire. Aujourd’hui, beaucoup de médicaments sont fabriqués en Inde et en Chine et nous risquons des pénuries. Il faut relocaliser ce qui est vital pour une nation.


La mondialisation aggrave-t-elle la crise sanitaire en crise générale ?

C’est déjà fait. Quand Poutine décide de maintenir la production de pétrole russe, cela entraîne une baisse des prix en Arabie saoudite et aux Etats-Unis où le Texas risque de connaître de graves difficultés et peut-être faire perdre Trump à la présidentielle... La panique touche aussi les financiers, ce qui provoque un krach boursier. Nous ne maîtrisons pas ces réactions en chaîne. La crise née du virus aggrave la crise générale de l’humanité emportée par des forces qui ignorent tout contrôle.


Si l’on compare avec la grippe espagnole de 1918-1919 qui fut l’objet d’une véritable omerta de la part des autorités, les gouvernants ont plutôt joué la transparence... N’est-ce pas un effet positif de la globalisation ?

A l’époque de la grippe espagnole, on n’a pas voulu que les populations, et surtout les combattants, aient conscience du fléau. Cette opacité est impossible aujourd’hui. Même le régime chinois n’a pu étouffer l’information en punissant le héros qui avait donné l’alerte... Les réseaux d’information nous ont permis d’être au courant de l’avancée de la pandémie pays par pays. Mais cela n’a pas déclenché de coopération au niveau supérieur. Seule s’est déclenchée une coopération internationale spontanée de chercheurs et de médecins. L’OMS comme l’ONU sont incapables d’apporter les moyens de résistance aux pays les plus dépourvus.


« On est revenu en temps de guerre » : cette phrase revient souvent pour décrire la situation de l’Italie et de la France. Vous avez connu cette période. Que vous inspire cette analogie ?

Sous l’Occupation, il y avait des phénomènes d’enfermement, de confinement, il y a eu des ghettos... Mais la grande différence avec aujourd’hui, c’est que les mesures de confinement étaient imposées par l’ennemi, alors que maintenant elles sont imposées contre l’ennemi, c’est-à-dire le virus. Au bout de quelques mois d’occupation allemande, des restrictions de ravitaillement ont commencé à apparaître. Nous n’en sommes pas là, bien qu’il y ait des débuts de panique. Mais si cette crise continue, avec la réduction des transports de marchandises au niveau international, on peut prévoir un retour des rationnements. Là s’arrête l’analogie. Nous ne sommes pas dans le même type de guerre.


Pour la première fois depuis 1940, les écoles et les universités ont été fermées...

Oui, mais à l’époque, la fermeture a été très provisoire. La déroute de la France a eu lieu en juin, au moment où commencent les vacances. En octobre, les écoles étaient rouvertes.


Que peut-on attendre du confinement ? La peur ? La méfiance entre les individus ? Ou, au contraire, le développement de nouvelles relations aux autres ?

Nous sommes dans une société où les structures traditionnelles de solidarité se sont dégradées. Un des grands problèmes est de restaurer les solidarités, entre voisins, entre travailleurs, entre citoyens... Avec les contraintes que nous subissons, les solidarités vont être renforcées, entre parents et enfants qui ne sont plus à l’école, entre voisins... Nos possibilités de consommation vont être frappées et nous devons profiter de cette situation pour repenser le consumérisme, autrement dit l’addiction, la « consommation droguée », notre intoxication à des produits sans véritable utilité, et pour nous délivrer de la quantité au profit de la qualité.


Notre rapport au temps va probablement changer aussi...

Oui. Grâce au confinement, grâce à ce temps que nous retrouvons, qui n’est plus haché, chronométré, ce temps qui échappe au métro-boulot-dodo, nous pouvons nous retrouver nous-mêmes, voir quels sont nos besoins essentiels, c’est-à-dire l’amour, l’amitié, la tendresse, la solidarité, la poésie de la vie... Le confinement peut nous aider à commencer une détoxification de notre mode de vie et à comprendre que bien vivre, c’est épanouir notre « Je », mais toujours au sein de nos divers « Nous ».


Finalement, cette crise peut paradoxalement être salutaire ?

J’ai été très ému de voir ces femmes italiennes, à leur balcon, chanter cet hymne de fraternité, « Fratelli d’Italia » (« Frères d’Italie »). Nous devons retrouver une solidarité nationale, non pas fermée et égoïste, mais ouverte sur notre communauté de destin « terrienne »... Avant l’apparition du virus, les êtres humains de tous les continents avaient les mêmes problèmes : la dégradation de la biosphère, la prolifération des armes nucléaires, l’économie sans régulation qui accroît les inégalités... Cette communauté de destin, elle existe, mais comme les esprits sont angoissés, au lieu d’en prendre conscience, ils se réfugient dans un égoïsme national ou religieux. Bien entendu, il faut une solidarité nationale, essentielle, mais si on ne comprend pas qu’il faut une conscience commune du destin humain, si on ne progresse pas en solidarité, si on ne change pas de pensée politique, la crise de l’humanité s’en trouvera aggravée. Le message du virus est clair. Malheur si nous ne voulons pas l’entendre.

Propos recueillis par David Le Bailly et Sylvain Courage

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